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La mer, en l’embrassant…

 

 

 

Voyagez pour le plaisir de voyager.

— Gustave Flaubert (Lettre à Marie‑Sophie Leroyer de Chantepie, 11 juillet 1858 — Correspondance de Flaubert).

 

 

Je trouvais dans la mer une paix que je ne connaissais nulle part ailleurs.

— Joeshua Slocum, Sailing alone around the world (1900).

 

 

Je préfère être un météore, chaque atome de moi en magnifique lueur, plutôt qu’une planète endormie et permanente.
— Jack London, Le Vagabond des étoiles, 1915.

 

 

 

 

 

Jack London est un écrivain américain dont la vie entière est traversée par un amour profond de la mer et des voiliers, qui a nourri directement ses récits d’aventure et plusieurs de ses romans majeurs.

 

Jack London naît en 1876 à San Francisco, face au Golden Gate, et grandit autour de la baie de San Francisco et d’Oakland, dans un paysage quotidien de ports, de ferries et de petits bateaux. Très jeune, il découvre la navigation lors de promenades en bateau avec son père, expérience fondatrice qui lui donne le goût de la mer comme espace de liberté et d’aventure.

Adolescent, il consacre ses premières économies à l’achat d’un petit voilier baptisé Razzle‑Dazzle, avec lequel il apprend concrètement la manœuvre et les risques de la navigation côtière. Ce bateau inspire directement le titre de son roman « La croisière du Dazzler » (1902), où il transpose en fiction l’univers des petits voiliers, des pirates d’huîtres et de la contrebande dans la baie de San Francisco.

Avant de devenir écrivain célèbre, London mène une vie de marin dans des conditions souvent dures et dangereuses. Il embarque comme matelot sur un bateau chasseur de phoques dans le Pacifique, expérience dont il tire son premier récit « Un typhon au large du Japon » et qui nourrira plus tard le roman « Le Loup des mers », centré sur la violence et la dureté du monde marin. Il participe aussi à la pêche illégale d’huîtres sur des voiliers de la baie, puis sert sur des bateaux de la police maritime, expériences qui inspirent les récits réunis dans La patrouille de pêche.

Les contemporains et biographes de London soulignent que, plus encore que l’aventure terrestre, c’est la voile qui est sa véritable passion. Sa femme Charmian Kittredge disait de lui que « c’est sur l’eau qu’il était le plus heureux », décrivant un homme qui retrouvait sur un pont de bateau une forme de joie simple et essentielle, loin des tensions de la vie littéraire et politique. Cette passion se manifeste par une pratique assidue de la plaisance, par des voyages au long cours et par une réflexion sensible sur les joies de la navigation qu’il met en texte dans ses essais et récits maritimes.

Au sommet de sa célébrité, Jack London se fait construire un voilier de 17 mètres, le deux‑mâts Snark, spécialement pensé pour un tour du monde à la voile qu’il entreprend en 1907 avec Charmian. Ce voyage de deux ans dans le Pacifique sud – Nouvelle‑Zélande, Australie, archipels polynésiens – devient pour lui à la fois une aventure maritime, ethnographique et littéraire, donnant naissance au livre‑témoignage « La croisière du Snark ». À bord de ce voilier, il écrit « Martin Eden », roman où le destin du héros, marin autodidacte, reflète en partie le sien, jusqu’à une mort sereine au cœur de l’océan en route vers Hawaï.

La croisière du Snark et ses autres voyages l’amènent à explorer intensément le Pacifique, ses mers du Sud, ses cyclones et ses îles, dont il observe à la fois la puissance naturelle et les sociétés humaines (aventuriers, populations autochtones, lépreux, cannibales selon les termes de l’époque). Il séjourne notamment à Hawaï, où il découvre le surf, qu’il décrit et contribue à faire connaître aux États‑Unis comme « sport des dieux », prolongeant ainsi son rapport intime à la mer par une autre forme de glisse et de jeu avec les vagues.

Dans ces textes, la mer est tour à tour force hostile, espace de fraternité, lieu d’émancipation sociale et champ d’épreuve pour des individus en marge ou en quête de sens.

Même lorsqu’il se retire dans son ranch de Glen Ellen en Californie, London ne renonce pas à la mer et continue à naviguer très souvent sur la baie de San Francisco. Il utilise alors un autre bateau, le Roamer, pour des sorties régulières qui lui permettent de rester en contact avec l’élément marin et de nourrir sa réflexion sur la nature, le travail et la liberté. Cet équilibre entre la terre (le ranch) et l’eau (le voilier) marque ses dernières années jusqu’à sa mort en 1916.

L’amour de la mer et des voiliers n’est pas chez Jack London un simple thème pittoresque, mais une dimension constitutive de son identité, sociale autant que littéraire. Issu des milieux populaires, autodidacte, il trouve dans la navigation une école de vie qui l’initie à la solidarité, au risque, à la maîtrise de soi, à l’observation des hommes et des éléments, toutes choses qu’il transpose dans ses personnages de marins, d’aventuriers et de marginaux. Sa biographie montre ainsi un va‑et‑vient constant entre la pratique réelle de la voile et son réemploi dans la fiction, qui fait de lui l’un des grands écrivains de la littérature maritime du début du XXᵉ siècle.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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